Une écriture somnambule

         La Grande Ourse : Immersion quotidienne. Quelques lignes chaque jour. Cependant, j'écris en aveugle, comme si les conditions dans lesquelles ce texte a débuté (écrire les yeux bandés au cours d'un atelier d'écriture) s'imposaient toujours. Dès qu'une ébauche d'intrigue se profile, le texte se banalise, surgissent indications psychologiques, motivations, empoissement réaliste. Autrement dit : l'écriture perd sa ligne dès que le texte veut en suivre une. Pourtant des noeuds sont sensibles à la relecture, mais il faut les laisser tels quels, surtout ne pas expliciter. Ils communiquent obscurément les uns avec les autres. Ce sont eux, en quelque sorte, qui font progresser l'intelligence du texte à mon insu. Le titre, La Grande Ourse, s'est imposé assez vite. Mais là aussi je ne découvre qu'en cours d'écriture les éléments qui peuvent faire sens avec lui ou vers lui.bleu.jpg

          Pourtant, une fois un passage écrit, je peux intervenir sur le texte. Comme si quelqu'un en moi savait, sentait ce qui sonne juste et ce qu'il faut raturer ou ré-écrire, alors que je n'ai aucun projet précis en tête. La Neige procédait un peu d'une telle démarche somnanbulique, mais l'expérience était limitée par l'étroitesse du propos (une conscience prisonnière de la neige) et l'usage d'une seule voix (la 3e personne). Cette fois, il y a trois voix et une action principale (une course en montagne).

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