"Rappeler Roland"

          Extrait :

         "Et moi comme voyou de mille ans je dois faire un effort pour déménager dans le temps : Rappeler Roland parmi les coeurs saignants de ces jeunes gens. Qui dans la lutte et les combats sont perdants. Et dire avec eux les malheureux : Oh se battre rend heureux même si la défaite est totale."

          Rappeler Roland. Rappeler Roland ; Chanson de Roland ; Cahier Roland, de  Frédéric Boyer, POL, 2013

          De ce texte en triptyque, magnifique, hardi, déchirant, la Compagnie de Reims a fait un spectacle mis en scène par Ludovic Lagarde et joué par Pierre Baux. C'est si beau que cela me suit depuis hier où je l'ai vu à Lorient.

          Le texte de F. Boyer se prête à ce monologue  hanté où la voix de l'acteur convoque le guerrier Roland sur la scène pour confronter encore sa jeunesse et sa fougue à la merveilleuse et terrible bataille. Combat au corps à corps et cérémonie tragique.  La magie surgit du frottement de la jeune langue du XIIe siècle  heurtée par une autre qui la rappelle. La scène est dans la pénombre. Le prodigieux guerrier rappelé a la fragilité d'un homme et la beauté d'un loup. La cruauté gaie et la violence de ces jeunes vies rayonnent de noirceur, rayonnent de douceur aussi : "Mes amis, mes amis...", et l'on ne peut s'empêcher d'entendre là résonner le cri qui donne son titre à un autre texte de F. Boyer. De ce poème on se souvient aussi, en rappel : "Jamais nous n'atteindrons ce que nous sommes Étant devenu ce que l'on / Est en perdant ce que nous étions Comme la vie perd son nom qu'elle / Ne mérite que tous le temps que nous sommes en vie  ".

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