"Pas sur la neige"

           Lu l'article  "Jean-Michel Maulpoix et Paul Celan : le lyrisme après Auschwitz", de Chantal Colomb-Guillaume  en lien sur le site de Poezibao.  J.-M. Maulpoix, Pas sur la neige. En introduction, C. Colomb-Guillaume justifie le lien qu'elle établit entre les deux auteurs et elle entame ensuite une "lecture celanienne de Pas sur la neige. Elle cite la question de Maulpoix : "« Par quels chemins dans l’invisible sont-ils passés, ces disparus qui nous reviennent ? Si décharnés, si pâles qu’on n’en voit que les pas ?1 ». Maulpoix se trouve en Bavière, non loin de Dachau, une journée neigeuse de janvier lorsqu'il commence à écrire Pas sur la neige. Dans la neige, Celan, qu'elle cite également, voit : "die Schlittenspur des Verlornen.", "la trace du traîneau de l’évanoui 2".  Si Maulpoix y a vu "des pas", C. Colomb-Guillaume  rapelle que ce mot "pas" appartient au lexique de Celan, "Schritte" en allemand.

             Serait-il alors abusif d'entendre autrement encore le mot "pas" ? Pour moi, il résonne comme une négation, comme le mot qui dit la disparition, la trace évanouissante dans la neige éphémère.


1J.-M. Maulpoix, Pas sur la neige, Paris, Mercure de France, 2004, p. 15.

2 Paul Celan, « Heimkehr », poème extrait de Sprachgitter (1959) trad. par Jean-Pierre Burgart, dans Strette, Mercure de France, Paris, 1971.

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                  Dans la page du Flotoir en date du 14 août 2012, F.Trocmé s'interroge sur "la pulsion photographique"Zina.jpeg qui la pousse à déclencher son appareil "un peu comme si tout cela devait m'être arraché" écrit-elle. C'est bien de cela qu'il s'agit. Enfant, un exil sans retour (la présence des lieux a disparu, toute tentative de retour est vouée à l'échec) a d'abord fait le vide : j'ai été sans souvenirs, ou plutôt je ne cherchais jamais à les convoquer, je les ignorais. Puis des images sont venues, un flux d'images. Mes photos sont comme ces images, des noyaux où la mémoire peut s'accrocher. Tout ce qui ensuite au cours de la vie m'a été arraché... 

            J'ai gardé des images. L'histoire, les histoires passent, on oublie toujours. Mais il y a ces images pendant encore un peu de temps.

 

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