Livres virtuels

Laurent Margantin, sur son site Œuvres ouvertes a décidé de mettre en ligne, généreusement, ses écrits qu'il est désormais possible de télécharger gratuitement. Il faut aller sur le site et lire l'article qui explique et justifie cette décision. Il ouvre une réflexion passionnante sur l'avenir des publications, la relation de l'auteur à son texte, à ses lecteurs, la circulation et la lecture d'un texte...

     Cette décision interrompt la dépendance envers les éditeurs. Comme je ne connais pas du tout le monde éditorial, je ne peux pas vraiment avoir une idée sur cet aspect de la démarche. Je vois seulement combien il est enthousiasmant de découvrir les textes et de les lire affichés sur mon écran ou imprimés sur papier. Mettre les écrits à la disposition des lecteurs, leur permettre de plonger d'un texte à un autre en un clic, l'œuvre accessible n'étant plus limitée au volume acheté mais ouverte aux échos d'autres textes publiés en ligne par l'auteur, risquer des textes en chantier, ouvrir les écrits à des commentaires de lecteurs...La littérature vivante.

     J'ai eu, cependant, une réserve, très nostalgique, je sais bien, passéiste. Il me semble que certains écrits entretiennent une relation avec leur support matériel. Le grain d'un papier, le format d'une feuille, d'un livre compteraient-ils pour rien ? J'aimais de page en page la maturation d'un poème pris dans la trame du papier, les mots germant dans les légers reliefs, étoilant l'espace ou contenus le long d'une colonne. Il y avait un chant des feuilles et un silence du papier. Il se faisait parfois surface et parfois vertige, parfois muraille et parfois transparence. Je n'ose même pas parler des livres qu'on n'ouvrait qu'avec une lame glissée entre les plis, où la lecture se frayait un chemin comme dans une forêt. La lumière peu à peu les pénétrait et je me souvenais de l'art exquis du boucher chinois.

     Mais vous parlez d'un temps que les moins de vingt ans... Certes !

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