"Le prix à payer"

           Julia Kerninon est la jeune auteur d'un premier roman revigorant, Buvard (Éditions du Rouergue). Le Matricule des Anges n°150 de février 2014 lui consacre un entretien où elle déclare :

          "Dans la réalité, pour écrire, il faut le faire. Pour écrire il faut lire, se dégager du temps, se poser des questions, supporter de rester assis des heures, accepter que le temps passé à écrire ne pourra pas être passé à autre chose, accepter la critique, travailler sa mémoire, corriger, relire, redécouper, apprendre, résister, tenir la longueur, observer."

          Dans Buvard, elle veut "représenter l'écriture comme un travail, trivial, réel, physique."

          C'est bien sûr ce que disaient déjà, et même mieux, Annie Dillard (En vivant, en écrivant, Christian Bourgois) et Marguerite Duras (Écrire, Gallimard, folio), mais au moment où vont se terminer les ateliers d'écriture que j'ai animés pendant cinq années, ce constat  me paraît mal reçu et bien peu partagé. La plupart des participants aux ateliers font peser leur effort sur le pouvoir dire, sur le savoir exprimer, sans comprendre que l'écriture ne commence que dans l'impouvoir du dire. Même si, au fil du temps, les textes écrits par ceux qui ont suivi quelque temps les ateliers ont gagné en aisance, en fluidité, en "bonheurs d'écriture", j'ai échoué  à faire comprendre que l'on ne pouvait se contenter du texte venu d'un premier jet, que relire n'était pas chercher les fautes d'orthographe et les répétitions. À quelques exceptions près, je n'ai pas réussi à donner l'amour de l'écriture car c'est d'eux-mêmes qu'ils sont épris quand ils écrivent.

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