Penser autrui

neige-2-a.jpeg "Pourquoi le flot des jours sans cesse ramène-t-il extraits d'oeuvres et citations ? Parce que voir, entendre [...], penser autrui provoque une jubilation irremplaçable, devient aussitôt proposition, incitation pour son propre esprit à se mettre en marche, à concerter ou à faire son solo [...]. Et cela paraît mille fois plus intéressant, plus fécond que de disserter sur soi, de raconter par le menu comment on mâche ses mots, les ingère, ect.

            Le germe, le pouvoir germinatif ? à peu près toujours c'est à l'extérieur de soi qu'on le trouve."

           Claude Dourguin, Ciels de traîne, José Corti, 2011, p.62.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Prendre soin

          Saisissante réponse de Maurice Olender, l'éditeur de La Librairie du XXIe siècle, à une question de Chloé Brendlé dans Le Matricule des Anges n°151, de mars 2014 :

          "Tout texte - sur papier comme en lecture numérique - résulte d'une stricte philologie, d'une mise en place de points, de virgules, d'espacements qui, autant que les mots, produisent une émotion, du sens ou même une esthétique du non-sens. [...] N'est-on pas tenu d'être attentif à chaque signe d'un livre, comme toute démocratie se doit de protéger chaque citoyen au sein de structures étatiques où les équipements collectifs, nécessaires au plus grand nombre, ne menaceraient pas les individus les plus vulnérables ?"

          Dans ce même numéro du Matricule des Anges, lire la chronique de Charles Robinson (p.31), "Les Mains dans la lutte", ou comment on peut mourir à force d'indifférence ou, très provisoirement et très brièvement, se sentir exister pour quelqu'un, et peu importe de quelle manière et qui est ce quelqu'un. Et vous verrez, entre le propos d'Olender et l'anecdote de Robinson, il y a comme un écho...

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

"blanche, souple, clairsemée"...

          Ce  commentaire très juste de Clément Layet, au début de son ouvrage sur l'oeuvre d'André du Bouchet :

          "André du Bouchet suit pas à pas ce qui se transforme. Il s'arrête. Précise la relation. Et constate aussitôt que, telle qu'elle est, elle disparaît. Il décrit cette disparition sans réagir, avec neutralité, mais sa perception aiguë rend plus intenses nos propres relations avec ce qui est en train de se produire. Brusquement, sous nos yeux, la page se manifeste : blanche, souple et clairsemée, surface tangible d'une pensée..."

         Clément Layet,  André du Bouchetprésentation et anthologie, Seghers, coll. Poètes d'aujourd'hui, 2002

                                                  mais

le souffle

                                  que tu ne retiens pas

est

le tien

quand tu respires

André du Bouchet, L'Ajour, "Congère", Poésie / Gallimard, 1998, p.158

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

"le réel, résidu du sens"

          "Faire le tri entre une littérature qui considère la réalité comme un donné préétabli à exprimer, et celle (à mon sens la bonne) qui considère que la littérature construit le réel."

              Pierre Jourde, dans un entretien avec Thierry Guichard, Le Matricule des Anges, n° 148, novembre-décembre 2013

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

La Première Bibliothèque Ouvrière Municipale

Voici comment Varlam Chalamov décrit l'ouverture à Vologda, sa ville natale, de la première bibliothèque ouvrière, en 1918. Il a 11 ans :

          "Les épaisses planches en bois fraîchement rabotés de la Première Bibliothèque Ouvrière Municipale sentaient la résine, la forêt vivante, et cette odeur se mêlait à celle, subtile, de papier moisi et de poussière qui émanait des livres. Les rayonnages fléchissaient sous le poids des bouquins ausx reliures scintillantes ornées d'arabesques compliquées : les oeuvres complètes d'Alexandre Dumas, de Fenimore Cooper... Que de merveilles ! "

          Varlam Chalamov, Mes Bibliothèques, Trad. Sophie Benech, Éditions Interférences, 1992

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

"Raconter bien"

    "J'ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse  et qui soit racontable, un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits, n'importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous."

Bernard-Marie Koltès, in Revue Europe, 1983.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------